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Je me donne à fond

Anny Duperey: « Je me donne à fond »


Seule en scène dans “Oscar et la dame rose” au théâtre de l’Œuvre, elle offre sa joie de vivre pour servir le très beau texte d’Éric-Emmanuel Schmitt sur l’enfance, la douleur, l’apaisement.


De l’autre côté de la rue : le cimetière Montparnasse. On pense à la phrase d’Antoine Blondin : « Là, où nous habitons, les avenues sont profondes et calmes comme des allées de cimetière.» Son appartement est au troisième étage. Mais sans ascenseur. Avec des escaliers abrupts comme un entraînement de varappe. On arrive hors d’haleine à sa porte. On dirait quand même que l’exercice, pour elle quotidien, lui réussit tant elle éclate d’énergie. Elle a le rire et le verbe faciles, elle est grande, belle, lumineuse, chaleureuse. Avec, derrière l’élégance naturelle, quelque chose d’une force de la nature.



« Madame Figaro ». – Il y a longtemps que vous vivez dans ce quartier du XIVe arrondissement...

Anny Duperey. –
Cela fait trente ans que j’habite là ! Moi, quand j’ai planté mes racines quelque part, c’est du coriace, il faut un bulldozer pour les arracher.


– C’est le symptôme de quoi ? D’un tempérament résolument casanier ? Ce qui serait en contradiction avec votre métier de comédienne, par définition nomade...

Petite, j’ai été beaucoup déracinée. Il y a eu la mort de mes parents quand j’avais huit ans et demi. Il y a eu deux maisons d’enfance qui ont été détruites. Si bien que je n’ai plus d’endroit où retourner pour retrouver les traces de mon passé. En même temps, je me suis rendu compte que j’étais une voyageuse nulle. Donc, dès que je trouve un lieu où je me sens bien, j’y reviens. Par exemple, la première fois que j’ai joué au théâtre pendant un an et demi, je suis partie pour l’Afrique en vacances à la fin des représentations, je suis tombée amoureuse de la Casamance, au Sénégal, et voilà vingt-trois ans que j’y retourne. C’est comme la Creuse ! J’ai une maison là-bas. Depuis trente ans !


– Et avant cette période de trente ans, où étiez-vous ?

Nulle part ! J’étais en racines flottantes. Et puis, j’ai ressenti le besoin de me poser, de m’ancrer, pour vivre...


– Pour élever vos deux enfants...

Oui, en partie, bien sûr.


– Avoir une vue imprenable sur un cimetière rebuterait un certain nombre de personnes...

Pour moi, c’est une disposition parfaite. Elle correspond à l’ambivalence dans laquelle j’évolue en permanence, entre le sentiment immanent de la mort, qui a toujours été mon problème, et mon goût de la vie, parce que je possède une véritable, une profonde joie de vivre. Donc, j’ai le cimetière en face de chez moi et le marché Daguerre en bas de la rue.


– Et la mort et la vie sont, justement, au cœur d’« Oscar et la dame rose », d’Éric-Emmanuel Schmitt, que vous jouez au théâtre de l’Œuvre depuis le 15 novembre, puisqu’il y est question de la mort d’un petit garçon...

De cette pièce, Joël Santoni, qui la met en scène et qui est aussi, bien sûr, le metteur en scène d’« Une famille formidable»...


Ce feuilleton sans périodicité et qui se tourne de loin en loin depuis quinze ans en connaissant, à chaque diffusion, des pointes d’audience...

Et dont j’ai tourné au début de l’été trois nouveaux épisodes qui seront diffusés en 2006... Et donc Joël a une jolie formule à propos d’« Oscar et la dame rose ». Il dit : « C’est une gourmandise métaphysique ! » C’est tout à fait ça : il y a un fond évidemment douloureux puisqu’il s’agit de la mort d’un enfant, et c’est en même temps délicieux parce que, sur la suggestion de Mamie Rose, qui vient visiter à l’hôpital les enfants malades, Oscar a écrit tous les jours des lettres à Dieu. Dix en tout. Et, le petit garçon disparu, ce sont ces lettres que je lis ou, plutôt, que j’incarne seule en scène...


– Et c’est la première fois que vous êtes seule en scène...

Tout à fait. A priori, c’est quelque chose qui ne me tentait pas du tout. Moi, j’adore les partenaires, c’est même l’une des raisons pour lesquelles j’ai fait ce métier : pour l’échange, la complicité. Faire à la fois les demandes et les réponses, je trouve ça un peu contre nature. Mais bon... Je suis seule en scène et, en même temps, je dois jouer Oscar, ses copains, sa petite copine, le médecin, les parents, la dame rose, et puis je suis le conteur. C’est tout l’univers d’un enfant qu’Éric-Emmanuel évoque avec infiniment d’émotion, d’humour et de poésie. Et c’est l’histoire d’une douleur, d’une rédemption et, au final, d’un apaisement.


Vous avez créé le spectacle en septembre dernier au Cado d’Orléans. Vous le reprenez maintenant à Paris : dans quel état d’esprit ?

Je crois n’avoir jamais fait une chose si difficile. Jamais ! Mais ça vaut le coup ! Et je vois bien le public quand la lumière se rallume. À Orléans, les spectateurs me parlaient aux saluts. Je n’avais jamais vu ça ! Ils me disaient : « Merci ! Ça fait du bien ! » Vous vous rendez compte : sur un sujet pareil ! Mais ça, c’est la magie du texte.


– Qu’est-ce qui vous a décidée à jouer cette pièce ?

C’est Éric-Emmanuel qui est venu me trouver. Je lui ai demandé pourquoi il avait pensé à moi. Il m’a répondu : « Parce que l’enfance est très présente en toi et, après tout, c’est un petit garçon qui s’exprime. » Donc il avait envie de quelqu’un qui soit plus du côté d’Oscar que de la dame rose. D’autant que, d’une façon générale, il est vrai que je régresse très facilement. J’ai accepté le rôle tout de suite à cause du thème avec lequel je me trouve en totale adéquation. Éric-Emmanuel dit d’une manière touchante qu’une vie qui ne dure qu’un jour vaut une vie qui dure dix ans ou un siècle, à condition qu’on ait vécu pleinement toutes les émotions de cette existence.


– Après Paris, vous allez partir en tournée avec « Oscar et la dame rose ». Vous aimez la vie de tournée ?

Pas du tout ! Par contre, j’adore aller en province, où l’on rencontre des publics formidables.

– Q’allez-vous faire durant cette période consacrée au théâtre ? Écrire ?

Ah non ! C’est totalement impossible !


On a pourtant l’impression que votre métier de comédienne et votre métier d’écrivain se mêlent étroitement...

C’est une impression fausse. Je ne peux pas faire les deux en même temps et, d’ailleurs, je ne m’y risquerais pas pour une question de santé.


– À ce point ?

Absolument. Quand j’ai écrit mon avant-dernier livre, « Allons voir plus loin, veux-tu ? », le tournage d’une série d’« Une famille formidable » s’est présenté. J’ai quand même voulu écrire jusqu’à la veille du tournage. Du jour au lendemain, j’ai pris trois points de tension. En fait, ce sont des domaines artistiques opposés. Comédien, on est dans l’offrande sonore. Écrivain, on est dans le silence, c’est un retour à l’intérieur. Si j’essaie de faire fonctionner les deux roues en même temps, elles vont tourner en sens inverse et ça va craquer.


– Jusqu’à présent, depuis « l’Admiroir » (1), votre premier roman (en 1976), qui a été récompensé par le prix Alice-Barthou de l’Académie française, vous avez publié sept ouvrages. Et voilà maintenant que « le Voile noir » (2), paru en 1992 et où vous racontez la disparition accidentelle de vos parents, est au programme de première des lycées. Qu’éprouve-t-on quand on devient quasiment un classique ?

Ah, mais c’est impressionnant de se retrouver entre Marguerite Duras et Nathalie Sarraute ! J’en suis heureuse, bien sûr.


– Avec ça, votre avant-dernier livre, « Allons voir plus loin, veux-tu ? » (3), atteint les quatre cent mille exemplaires. Comment réagissez-vous devant ce succès littéraire ?

Je me dis : gardons les pieds sur terre !


– Vous n’êtes jamais guettée par l’autosatisfaction ?

Jamais ! J’en ai trop vu les effets sur les autres. C’est d’une stérilité absolue.


– Donc, pas d’écriture pendant la pièce. À quoi allez-vous occuper votre temps ?

Je vais voir masseuses, ostéopathes... Je passe mes journées à me soigner en vue d’être d’attaque le soir. Le théâtre nécessite une force terrible. La carcasse paie quand on est sur scène. Sur « Oscar et la dame rose », je me suis démis une vertèbre. Parce que, avec mon joli tempérament, je me donne à fond. Je suis incapable de faire autrement.



(1), (2) et (3) Éditions du Seuil. Christian González. Madame Figaro
 

Ecrit par camoute 
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